Changement climatique : des territoires pris au piège ?

18 mai 2022

Citoyens au travail

Début avril, Thierry Lebel, directeur de recherche à l’Institut des géosciences de l’environnement de Grenoble, et William Meunier, chef du service Environnement Air et Climat de la Métropole, ont répondu aux questions des citoyens sur les effets du changement climatique à l’échelle des territoires.

Thierry Lebel, directeur de recherche à l’Institut des géosciences de l’environnement de Grenoble
Thierry Lebel, directeur de recherche à l’Institut des géosciences de l’environnement de Grenoble : LocalFocus
Thierry Lebel, directeur de recherche à l’Institut des géosciences de l’environnement de Grenoble

La première fois que les citoyens de la Convention l’ont aperçu, Thierry Lebel survolait la Métropole grenobloise en parapente, expliquant grandeur nature les effets du changement climatique sur le territoire. La seconde fois, c’était pour répondre à leurs questions. Invité au premier webinaire de la Convention, le 6 avril dernier, l’hydroclimatologue a commencé par décrire la mécanique de la machine climatique et le rôle fondamental joué par les océans.

L’utilisation intensive d’énergies fossiles (bon marché) a provoqué une hausse de la température mondiale qui, « par rebond »,a conduit à la fonte de la calotte glaciaire et des glaciers de montagne. « Cette eau de fonte contribue pour deux tiers à la hausse du niveau des mers, indique Thierry Lebel. Le tiers restant est lié à la dilatation thermique des océans qui se réchauffent, car ils stockent 92 % de la chaleur liée à l’effet de serre. »

Impact du numérique

Interrogé sur les activités humaines les plus émettrices de gaz à effet de serre (GES), le chercheur a pointé les « championnes » dans les pays développés : transport routier, agriculture, industrie et habitat. Il a aussi souligné l’impact croissant du numérique. « Cela représente près de 4 % des GES. Cette proportion va grimper à 8 % dans les années à venir, insiste Thierry Lebel. Il serait intéressant que chacun prenne conscience de l’impact de cette activité. »

Pour enfoncer le clou, le climatologue a ensuite attiré l’attention des citoyens sur le lien direct entre niveau de vie et intensité des émissions de GES. « En gros, partout dans le monde, l’intensité est liée au niveau de vie des gens, résume-t-il. C’est un paramètre qu’il est important d’avoir en tête. » Surtout quand on a pour mission de réfléchir à la neutralité carbone d’un territoire.

Lutte contre le changement climatique : combat utile ou perdu d’avance ?

Que peut-on faire à l’échelle d’un territoire contre un phénomène essentiellement planétaire ? Devant l’ampleur du défi, beaucoup sont tentés de renoncer, arguant de leur impuissance. Au niveau local, il est pourtant possible d’agir en travaillant au changement d’occupation des sols, à la revitalisation de la biodiversité ou sur le cycle de l’eau douce. « Ce sont des actions concrètes, qui ne sont pas mondialisées et qui vont produire un bénéfice à l’échelle de la collectivité territoriale » soutient Thierry Lebel.

Le Plan Climat Air Énergie de la Métropole grenobloise corrobore pour partie son propos. Avec une consommation d’énergie en baisse de 17 % depuis 2005, le territoire est sur la bonne voie. Mais il reste encore beaucoup à faire pour réduire la consommation de 40 % d’ici 2030. Pour y parvenir, Grenoble-Alpes Métropole va mobiliser une grande partie de son budget pluriannuel 2021-2026. « Les deux tiers seront alloués au changement climatique, aux mobilités et aux espaces publics » précise William Meunier, chef du service Environnement Air et Climat de la Métropole. Qui ajoute : « Gérer un budget, c’est gérer des dépenses. Donc faire des choix et prioriser les dépenses. Dans le cadre de la Convention citoyenne, des propositions pourront être faites en ce sens. »