La Convention Citoyenne pour le Climat de la métropole grenobloise dévoile ses 200 propositions pour affronter le réchauffement climatique

15 octobre 2022

Résultats Convention citoyenne métropolitaine pour le climat

100 citoyennes et citoyens ont dévoilé publiquement leurs 200 propositions pour le Climat à l’occasion d’une réunion exceptionnelle des élus de la Métropole grenobloise, à l’heure où les glaciers fondent et où les canicules se font plus fréquentes

Restitution des travaux de la Convention citoyenne pour le climat devant le Conseil métropolitain

Premier territoire français à mettre en place un plan climat dès 2005, Grenoble Alpes Métropole continue d’innover pour limiter le réchauffement climatique et favoriser l’adaptation de ses 450 000 habitants : dans les Alpes, la température a déjà augmenté de 2 °C depuis le début du XXe siècle, contre 1,4 °C en moyenne dans le reste de la France. En réunissant 100 citoyens tirés au sort pendant 8 mois, « la Métro », comme on l’appelle ici, est aujourd’hui la première métropole à avoir mis en place une Convention Citoyenne pour le Climat d’une telle ampleur.

La Convention a rendu ses travaux publics le vendredi 14 octobre, lors d’une réunion exceptionnelle du Conseil métropolitain
présidé par Christophe Ferrari. Les citoyens ont travaillé sur les deux questions que sont la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et l’atteinte de la neutralité carbone d’ici à 2050, à l’échelle de ce territoire rassemblant 49 villes, villages et bourgs de montagne, dont la ville de Grenoble. Durant 8 mois, les citoyens ont travaillé sous le regard d’un Comité opérationnel et de trois garants de la Commission nationale du débat public (CNDP), qui ont assuré l’indépendance des travaux et la neutralité des débats. Environ 200 propositions, retenues sur un total de plus 350, sont désormais entre les mains des élus de Grenoble Alpes Métropole.

Davantage de protéines végétales et de construction bois

À l’heure où l’élevage émet 7 milliards de tonnes de CO2 par an au niveau mondial, soit plus que la totalité des émissions des Etats-Unis et la France réunis, la Convention Citoyenne pour le Climat propose de « favoriser le développement d’une filière de protéines végétales dans la Métropole, et de permettre la vente de ces produits au marché, avec gratuité de l’emplacement ». En matière d’agriculture et d’alimentation, elle préconise aussi de « développer des marchés de producteurs bios dans les quartiers populaires avec des prix abordables » et de proposer un « étiquetage “Qualité Carbone“ sur les produits locaux ».

Promotion du télétravail et solidarité avec les plus pauvres

Autre levier de la lutte contre le réchauffement climatique, la thématique de l’habitat et de l’urbanisme a inspiré de nombreuses propositions parmi lesquelles « des aides financières plus favorables pour l’utilisation de matériaux biosourcés et décarbonés », particulièrement dans la rénovation que la Convention privilégie par rapport à la construction neuve.

« Utiliser la commande publique comme levier de développement de la construction bois » et « appliquer aux constructions de bâtiment publics 1% pour végétaliser les bâtiments » (comme cela se fait pour les 1% d’oeuvres d’art) sont aussi des propositions construites par les citoyens. De façon générale, la Convention a suggéré de nombreuses aides pour aider les moins favorisés et demande notamment sur le logement de « prioriser les travaux de rénovation et d’adaptation au changement climatique dans les quartier les plus pauvres. » Ils ont également demandé à la Métropole d’acheter des terres agricoles et d’organiser la densification des centres des communes.

Dans ce territoire parmi les plus cyclables de France, la question des mobilités a mis les esprits en mouvement. « Prôner le télétravail et encourager les entreprises et les administrations à en proposer » fait consensus pour agir sur la demande de mobilité. La Convention Citoyenne recommande aussi « d’accompagner les personnes qui souhaitent se rapprocher de leur lieu de travail avec des actions de sensibilisation, des aides financières et un encadrement des loyers » et de créer une « voie cyclable sécurisée Chronovélo périphérique ».

Et parce qu’en France, la part du trafic aérien représente 4% des émissions du secteur des transports, l’une des propositions vise à « imposer à l’aéroport de Grenoble-Alpes-Isère une réduction de ses émissions de CO2 de 10% par an ». À la page « conso », les citoyens de la Convention veulent aussi donner plus de visibilité aux associations et aux initiatives jugées vertueuses, en limitant celles des grandes enseignes. En matière de loisirs, la transformation de la station du col de Porte, où il gèle 12 jours de moins par an en moyenne depuis la deuxième partie du XXe siècle, fait partie des aspirations de citoyens prêts à « se projeter dans des hivers sans neige et sans neige de culture ».


Des arbres qui résistent mieux à la sécheresse et aux incendies

De l’énergie, la Convention Citoyenne pour le Climat en a à revendre. Pourvu qu’elle soit propre et de préférence collective et partagée ! La facilitation de la production d’énergie par des communautés citoyennes est à l’ordre du jour, de même que « soutenir le déploiement de la filière biomasse pour le chauffage urbain avec du bois de type plaquettes forestières ».
Au chapitre de la séquestration de CO2, les forêts, présentes sur 57 % du territoire métropolitain, font elles-aussi l’objet d’une attention particulière, à travers les recommandations de « diversifier les essences d’arbres et notamment favoriser celles qui sont susceptibles de mieux résister à la sécheresse et aux risques croissants d’incendie » ou encore de « proposer d’acheter des parcelles aux propriétaires qui n’ont pas les moyens suffisants pour les entretenir ».
Du côté de l’action économique du territoire, les citoyens ont adopté par consensus la proposition de « prioriser l’installation de nouvelles activités économiques, y compris industrielles, en fonction de leur niveau de décarbonation » et « obliger les entreprises qui travaillent pour la Métropole à avoir un label RSE si celui-ci impose des objectifs plus ambitieux que son SPASER ».

Se former à la transition écologique


Cet élan pour la responsabilisation de l’économie infuse aussi la thématique de la formation et de l’emploi. Les 100 participants de la Convention Citoyenne pour le Climat proposent notamment d’« inclure systématiquement des formations de transition écologique dans les programmes de formation continue des entreprises publiques et privées » et d’« orienter les travaux d’intérêt général (TIG) vers des travaux oeuvrant pour la transition écologique ».
Elle recommande aussi « la création d‘une police de l’environnement » et, pour embarquer tout le territoire, la mise en place d’un « service éco-volontaire dans les communes. »
Pour mieux convaincre les habitants de la Métropole de la pertinence de son travail, la Convention Citoyenne a aussi planché sur la facilitation des changements de comportement. Une prise en compte nécessaire pour emporter l’adhésion des habitants du territoire.


Quelles suites pour la Convention citoyenne pour le climat ?


Les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat vont maintenant être examinées par les 119 élus de Grenoble Alpes Métropole. Elles et ils auront le choix de voter ou non pour chaque proposition formulée lors d’un Conseil métropolitain prévu en mars 2023. Les propositions qui ne relèvent pas de la responsabilité de la Métropole seront redirigées vers les organismes compétents : communes, département, région, acteurs privées, Etat, etc. Enfin, dernière option possible, pour les mesures qui s’avéreraient très discutées par les élus de la Métropole : celle-ci s’est engagée à mettre en place un référendum de type local sous forme d’une votation citoyenne.